Pendant que nos plateaux parisiens bruissent de portraits et de packshots, c’est en Normandie que la photographie a rappelé, une fois encore, ce qu’elle sait faire de plus fort. La 33e édition du Prix Bayeux Calvados-Normandie des correspondants de guerre, qui s’est tenue du 5 au 11 octobre 2026, a décerné son 1er Prix Nikon à Mahmoud Abu Hamda, photographe indépendant basé à Gaza. Une image d’enfant et d’oiseaux, et tout le poids d’un conflit qui s’y dépose.
Plan de l'article
Un enfant, ses oiseaux, et ce que la guerre laisse derrière elle #
Le jury international, présidé cette année par la journaliste de la BBC Lyse Doucet, a récompensé la série « Ce que la guerre laisse derrière elle ». L’image retenue, comme le détaille le compte rendu du palmarès publié par Phototrend, montre un enfant de Beit Hanoun réfugié avec sa famille dans une université reconvertie en abri. Dans sa fuite, le garçon a emporté ses oiseaux. C’est précisément ce genre de détail, minuscule et bouleversant, qui fait qu’une photographie cesse d’être un document pour devenir une mémoire.
Mahmoud Abu Hamda n’est pas un nouveau venu. Photographe professionnel depuis 2011 et ancien enseignant en photographie à Gaza, il consacrait son travail, avant la guerre, aux paysages et à la cuisine de l’enclave. Le public de Bayeux ne s’y est pas trompé : en plus du choix du jury, il lui a décerné le Prix du public.
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Gaza en tête du Prix Nikon pour la troisième année consécutive #
Ce palmarès confirme une constante : après Mahmud Hams de l’AFP en 2024 et Saher Alghorra de Zuma Press en 2025, c’est la troisième année de suite que le Prix Nikon distingue un photographe palestinien travaillant à Gaza. Une continuité qui raconte aussi les conditions de production des images : au printemps 2026, les journalistes étrangers n’avaient toujours pas d’accès indépendant à l’enclave. Ce sont donc les photographes locaux qui documentent, au péril de leur vie, ce que le monde voit du conflit.
Le reste du podium regarde ailleurs, vers les soulèvements d’une jeunesse mondialisée. Le 2e prix revient à Luis Tato (AFP) pour sa couverture des manifestations de la génération Z à Madagascar, qui ont conduit au départ du président Andry Rajoelina, un travail déjà couronné du Visa d’or News en septembre. Le 3e prix distingue Niranjan Shrestha (AP) pour le soulèvement de la jeunesse népalaise de septembre 2025, déclenché par le blocage des réseaux sociaux dans le pays.
Une relève déjà aguerrie
Le Prix Jeune reporter photo va, lui, à Jehad Alshrafi (AP) pour « Endless War and Devastation in Gaza ». Déjà troisième du Prix Nikon l’an dernier, le photographe avait fait parler de lui cet été lorsqu’une de ses images, retirée d’un festival à Deauville, y avait été réinstallée sur décision de justice. Au total, selon le décompte de Phototrend, sept des dix premiers prix de cette édition concernent Gaza ou la Cisjordanie.
Pourquoi ce palmarès nous parle, même en studio #
On pourrait croire qu’un studio de prise de vue parisien vit à mille lieues du photojournalisme de guerre. C’est l’inverse. Ce que le Prix Bayeux célèbre chaque année, c’est la grammaire même de notre métier : la lumière qui sculpte un visage, le cadrage qui choisit ce qui compte, l’instant où le sujet se livre. Un enfant qui serre ses oiseaux dans un abri de fortune et un portrait réalisé sous nos softbox relèvent du même langage, celui de l’attention portée à l’autre.
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Ces images rappellent aussi une exigence qui devrait nous inspirer tous : la rigueur. Derrière chaque photographie primée à Bayeux, il y a une légende exacte, un contexte vérifié, une responsabilité assumée. À l’heure où les images générées ou retouchées à outrance brouillent la confiance du public, le photojournalisme primé fait figure d’étalon. C’est une bonne raison, la prochaine fois que vous passez nous voir pour une séance, de parler aussi de ces photographes-là.
Voir et soutenir ces travaux
Le palmarès complet, les expositions et les rencontres de cette 33e édition sont à retrouver sur le site officiel du Prix Bayeux. Beaucoup des travaux primés circulent ensuite en expositions et en livres : les suivre, les partager et, quand c’est possible, les acheter reste la façon la plus concrète de soutenir celles et ceux qui tiennent l’appareil là où presque plus personne ne peut aller.




