Pour le bicentenaire de la photographie, la Pinault Collection a vidé ses réserves. Depuis le 7 octobre et jusqu’au 18 janvier 2027, la Bourse de Commerce, à Paris, présente « Remember Me », une exposition géante tirée de ses fonds photographiques. Si vous pratiquez le portrait, en studio ou en lumière naturelle, c’est l’occasion rare de voir en vrai, sur tirages d’époque, comment les grands noms ont posé, cadré et éclairé un visage.
Plan de l'article
Une exposition en quatre temps #
Le parcours, conçu par Matthieu Humery, conseiller pour la photographie de la collection, avec Lola Regard, occupe tout le bâtiment. Franceinfo le décrit comme quatre expositions en une, pour un total de 900 images, soit environ 10 % de la collection. Arts in the City parle, pour sa part, d’environ 700 photographies signées par plus de 70 artistes, puisées dans un fonds d’à peu près 8 000 œuvres. L’écart tient probablement à la façon de compter les ensembles, mais l’ordre de grandeur est clair : il faut prévoir plusieurs heures.
La Rotonde est confiée à Barbara Kruger, dont une œuvre donne son titre à l’exposition. On y trouve ses citations en très grand format et deux écrans géants de portraits vidéo. Deux galeries sont consacrées à des monographies, Irving Penn et Raymond Depardon, et le dernier étage déroule la collection elle-même en sections thématiques.
Irving Penn, la leçon du fond neutre #
Pour un photographe de studio, la galerie consacrée à Irving Penn est le cœur de la visite. Franceinfo y compte environ 450 images couvrant soixante-dix ans de travail, Arts in the City plus de 400 tirages. On y voit Marcel Duchamp photographié comme une nature morte, Jean Cocteau, Francis Bacon, et les images de mode réalisées pour Dior, Balenciaga, Saint Laurent ou Issey Miyake.
La série la plus parlante pour qui travaille en studio reste celle des Quechuas, dont Les Enfants de Cuzco : des sujets photographiés sur fond neutre, sans décor, la lumière et la pose portant tout le récit. C’est exactement la question que l’on se pose devant un fond papier gris : comment donner du caractère à un portrait quand on retire tout le reste ? Regardez la direction de la lumière, la distance au fond, la place laissée autour du sujet.
Détail qui intéressera les amateurs de tirage : selon Arts in the City, Penn notait au dos de chaque épreuve le titre, la qualité du tirage et les produits chimiques utilisés.
Les portraits de la collection : Avedon, Leibovitz, Sherman #
Au dernier étage, la collection Pinault réunit des portraits devenus des repères. Franceinfo cite trois portraits de Francis Bacon par Richard Avedon, le Big Nude III d’Helmut Newton, un Sans titre de Claude Cahun daté de 1936, Blanche et Noire de Man Ray (1926) ou An Embrace de Tyler Mitchell.
À lire Comment bien diriger un modèle photo pour des portraits impactants
Arts in the City relève un face-à-face particulièrement instructif : la Marilyn d’Avedon accrochée à côté d’une œuvre de Cindy Sherman qui l’incarne. Mettre côte à côte un portrait et sa mise en scène, c’est une manière très directe de comprendre ce que la pose, le maquillage et l’expression fabriquent dans une image. On y voit aussi le célèbre portrait de John Lennon nu, lové contre Yoko Ono, par Annie Leibovitz.
Le parcours n’est pas chronologique. Il procède par thèmes, avec notamment une section consacrée aux mains, rappelle Franceinfo. Pour un photographe de portrait, c’est un rappel utile : les mains sont souvent ce qui trahit une pose figée, et elles méritent autant d’attention que le regard.
Ce qu’un portraitiste peut en retenir #
Observer la lumière plutôt que le sujet
Devant chaque portrait, essayez de deviner la position de la source principale, sa taille et la présence d’un réflecteur. Les tirages d’exposition permettent de lire des ombres que l’écran écrase souvent.
Comparer les époques
Le parcours fait se croiser des images du XIXe siècle, comme les Vues maritimes de Gustave Le Gray (1856), les portraits d’August Sander des années 1920 et des images contemporaines. Les contraintes techniques ont changé, la question du regard du modèle, beaucoup moins.
À lire Comment diriger un modèle photo : conseils pour capturer des images naturelles
Repérer la direction de pose
Penn et Avedon dirigeaient leurs modèles de façon très différente. Comparer leurs portraits de Francis Bacon, l’un en galerie Penn, l’autre dans la collection, est un exercice de direction de modèle à lui seul.
Infos pratiques #
Selon Arts in the City, l’exposition est ouverte tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 19 h, avec une nocturne le vendredi jusqu’à 21 h. L’entrée est à 15 euros en plein tarif, 10 euros en tarif réduit et gratuite pour les moins de 18 ans. Une nocturne gratuite est proposée le premier samedi du mois, de 17 h à 21 h. Les informations sont à vérifier sur le site de la Bourse de Commerce avant de vous déplacer.
La visite se termine sur une image qui fait sourire tous les photographes : Ma dernière photographie de Man Ray, un simple carré noir peint sur carton. Une belle conclusion pour une exposition qui interroge, deux siècles après les débuts du médium, ce que l’on veut vraiment garder d’un visage.




